Je rentre de l’Assemblée #CahierDeCrise n°1

Je n’ai jamais ressenti le besoin de raconter mes journées. Une copine éditrice m’y avait encouragé, voici quelques semaines encore, pendant le débat sur les retraites. Des amis me l’avaient suggéré au moment de mon élection comme député. Je n’en ai jamais eu la discipline. Quel intérêt ? Pris dans la conscience du temps qui passe et je me dis que mon temps d’écriture, trop contraint, doit être consacré à quelque chose de plus utile et si possible plus profond que des impressions ou des anecdotes désordonnées. Auto-confiné depuis la fin de la session parlementaire pour avoir côtoyé des porteurs du virus, j’avais consacré mon temps à rattraper le retard sur les sujets qui me préoccupent et sur lesquels je veux être force de proposition (la pollution atmosphérique, la santé au travail, les biens communs...), à essayer de poser les bases d’une réflexion sur l’épidémie (Le virus, révélateur de décivilisation), à décanter le débat sur les retraites pour préparer celui qui vient avec l’écriture d’un plaidoyer provisoirement intitulé « vive la retraite », et ces derniers jours à maintenir le lien avec les syndicats, les directions d’entreprises, les élus, les associations, les professionnels de santé, pour prendre la mesure de la situation concrète. 

Ecrire prend du temps. Si je cède aujourd’hui à cette mode du carnet de bord, c’est d’abord pour maintenir le lien qui est un peu altéré par le confinement, pour continuer à réfléchir à voix haute, à rendre compte aussi. L’énergie que je me trouve aujourd’hui pour le faire, peut-être s’estompera dans les jours à venir. Peut-être me fatiguerai-je moi-même. Mais cette astreinte me semble être, à cette heure, une forme de travail politique dictée par les temps de crise que nous traversons. Non pour parler de moi, mais pour parler de nous. Pour parler de ce confinement, de ce ralentissement, de ce qu’il révèle et réveille, de la façon dont il change l’avenir.

Mercredi, donc, je suis sorti de ma retraite pour aller à l’hôpital, qui se prépare à affronter l’épidémie. Pour me rendre compte sur place, dans l’échange avec le personnel et la direction. Pour témoigner du soutien de la population, de la République. Puis, j’ai pris l’avion pour Paris, afin de rejoindre l’Assemblée. Nous avons tenu plusieurs réunions de groupe par visioconférence pour partager nos expériences et nos analyses, pour débattre des mesures à prendre et de l’action du gouvernement. J’ai été désigné pour poser l’une de nos deux questions d’actualité, sur les enjeux sanitaires, lors de la séance aménagée de questions d’actualité au gouvernement (COVID19 : répondre aux besoins des soignants - QAG).  Il y avait deux urgences : évoquer les moyens sanitaires déployés d’une part et d’autre part la situation de la France qui travaille en période de confinement. J’ai donc pris le temps d’échanger avec les uns et les autres pour ajuster mon interpellation. Le ministre de la santé n’a pas répondu à l’ensemble de mes interrogations (mais il les a entendues, ce qui n’est pas rien) et il l’a fait sur plusieurs points : un destockage massif de masques a été décidé, des entreprises françaises peuvent fabriquer 8 millions de masques par semaine, une entreprise française a reçu une commande de 1132 respirateurs artificiels, et l’hôpital public soigne « quoi qu’il en coûte ». Cela appelle naturellement d’autres questions et éclaircissements que j’ai eu en partie l’occasion de porter dans les débats qui ont suivi sur le projet de loi de finances rectificative. Dans la torpeur d’une Assemblée nationale vide et froide, nous avons débattu pour que les meilleures décisions soient prises pour parer à l’urgence économique. Demeure une question : qui va payer ? Au même moment, le Sénat est réuni sur l’état d’urgence sanitaire et parmi les sujets, sur le terrain, les élus ne savent plus si les conseils municipaux doivent ou non se tenir. Face aux drames, face aux événements, face à la crise, il y a besoin de démocratie. Ce ne sont pas quelques uns qui peuvent faire face, c’est la société qui doit réagir. 

Je me suis demandé comment serait interprétée ma présence, là-haut, pendant que tout le monde est plus ou moins confiné. Je crois que c’était ma place. Vous m’avez élu pour jouer mon rôle par tous les temps. Et il faut continuer à le faire en adaptant mon fonctionnement, rester disponible. Qu’on se rassure, cependant, je m’applique les mêmes contraintes que tout le monde. 

Ce matin, en allumant l’ordinateur, j’ai trouvé le message d’une habitante de la circonscription, qui m’encourage. Je ne me mobilise pas pour récolter des remerciements, mais c’était un bon début de journée. Sentir que nous sommes en phase, cela donne du sens à ce que je fais. 

L’avion atterrit. Des nouvelles d’un couple de martégaux bloqué en Asie que nous essayons d’accompagner, un message d’un libraire qui cherche des moyens pour rééquilibrer le rapport de forces avec les plateformes, et des informations lourdes venant d’Arcelor, dont le CSE vient de se terminer avec une annonce d’arrêt de la production que je commence immédiatement à regarder de près.

J’ai laissé mes collègues poursuivre et faire leur part du travail, puisque nous ne pouvons être que trois par groupe. Ils vont continuer l’examen des mesures d’urgences, problématiques. J’en reparlerai demain.

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