Déconfiner ensemble

Allons-nous contraindre nos pères, mères, grands-mères, ou grands-pères, à rester confinés plus longtemps ? Depuis plusieurs jours, c’est ce qui semble être dans les tuyaux.

On comprend bien la préoccupation sanitaire à l’égard d’une partie de la population avec laquelle le virus a été particulièrement agressif. Mais est-ce vraiment une bonne idée ? Peut-on vraiment, même en partant d’un bon sentiment, opérer une telle discrimination ? Beaucoup vivent déjà cette atteinte à leur liberté comme une violence sociale. Nous savons combien la relation est précieuse dans nos vies. Et pour beaucoup, cet isolement peut faire de grands dégâts, sur le moral, mais aussi sur la santé dans son entier. L’impératif de protection ne s’applique pas qu’au virus du moment, fût-il d’une dangerosité et d’une contagiosité redoutables. A vrai dire, je me demande comment eux, elles, nous allons pouvoir le supporter : la société ne pourra se relancer qu’avec l’apport de toutes les générations. Et les retraités, chacune et chacun à sa mesure, nous sont indispensables. Au fait, pour repousser l’âge de départ à la retraite, voici quelques semaines, il y avait du monde dans l’hémicycle, alors à partir de quel âge, on leur interdirait la sortie ? Je me dis que c’est vraiment dans une recherche d’unité et non pas dans de nouvelles fractures, avec des femmes et des hommes actrices et acteurs, que nous construirons la meilleure relance sociale. Cela supposera de mettre l’humain au coeur de nos préoccupations, et le soin, à condition qu’il soit toujours au service de l’émancipation.

J’ai évoqué ce sujet jeudi lors de la réunion du bureau de la commission des affaires sociales. Je sens que cette question inquiète ; j’ai d’ailleurs reçu ces derniers jours plusieurs messages de personnes qui témoignent d’une certaine révolte à l’égard de cette perspective, estimant qu’ils n’ont pas de temps supplémentaire à perdre. Que des préconisations particulières soient faites pour faire valoir la prudence à l’égard des personnes à risque plus fort (pour lesquelles l’âge n’est pas toujours le critère) et qui devrait d’ailleurs s’imposer à toutes et tous, on l’entend très bien. Mais que cela se traduise par des obligations sans horizon, cela semble être une mauvaise manière. 

Cela nous ramène à la question des garanties et des moyens que nous nous donnons pour déconfiner. Et cohabiter au moins un temps avec la menace d’un virus pour lequel nous n’avons pour l’heure pas vraiment de traitement. Cela ne peut en aucun cas se gérer au gré de considérations économiques, ni au mépris d’impératifs sanitaires, mais nous allons devoir inventer cette vie-là, parce que nous ne pouvons attendre indéfiniment confinés l’arrivée d’un vaccin et d’un traitement. Et nous devrons à chaque fois que nécessaire réévaluer la situation pour nous y adapter.

Pour celles et ceux qui sont dans des EHPAD, on pu juger de l’effet qu’a eu l’interdiction de visite sur les résidents comme sur leurs proches. On la comprend, si elle est une mesure de protection temporaire : on a vu les dégâts du virus lorsqu’il s’immisçait dans ces lieux d’hébergement collectif de femmes et d’hommes aux organismes parfois fatigués. Mais alors comment faire dans des établissements où l’on travaille l’autonomie, où l’on cherche à entretenir l’interaction, la relation, la vie… 

Tout cela est venu à nouveau interroger sur la façon dont nous traitons plus généralement nos plus anciens. Non que le personnel ne leur soit pas pleinement dévoué, il faut le dire et remercier au même titre que le personnel des hôpitaux, ces femmes (surtout) et ces hommes (aussi) qui assurent pendant cette période de tempête l’accompagnement de celles et ceux qui nous sont chers. Mais ce que nous devons interroger, ce sont les moyens dont ils disposent et c’est la façon dont nous devons répondre aux besoins. Nous devons agir pour une meilleure prise en charge, pour un service public plus puissant, pour un accueil plus développé…

« Nos équipes dans le réseau ont répondu présent avec un dévouement extraordinaire, et je ne laisserai personne dire qu’elles n’ont pas fait leur travail, a déclaré jeudi la directrice générale d’un des plus grands groupes privés de gestion d’établissements. » C’est au nom du dévouement et des droits des personnels autant qu’au nom du bien-être des patients que je crois utile de dire les choses comme elles sont. Je n’ai pas oublié ces rencontres dans les EHPAD, ces témoignages de toilettes faites en une poignée de minutes ou de repas expédiés dans une exiguïté inadaptée. Je n’ai pas oublié ces femmes rassemblées devant un portail sous la pluie pour se faire entendre. Dans les établissements privés commerciaux, la situation est encore plus difficile : le taux d’encadrement y est nettement inférieur. Mais dans les deux plus grands groupes officiant en France, les résultats nets sont en hausse de plus de 10% en 2019 et les dividendes sont en augmentation… On ne va pas pouvoir en rester là. Toujours est-il que dans ces lieux d’hébergement quels qu’ils soient, malgré les difficultés et les manques, se déploient chaque jour des trésors d’humanité.

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